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Escalade et granite au Mont Blanc : explications et invitation…

Escalade et granite au Mont Blanc : explications et invitation…

L’escalade en grande voie à Chamonix, et plus largement dans le massif du Mont Blanc, a une saveur si particulière à mes yeux qu’elle mérite bien cet article. Si vous connaissez déjà, passez votre chemin, vous n’apprendrez rien ici. Si, au contraire, vous êtes curieux(se) de franchir le pas -et pourquoi pas avec un Guide de haute Montagne– alors cet article peut vous être utile.

Mont Blanc côté Suisse, en redescendant du Clocher du Portalet

Le massif du Mont Blanc, une destination d’escalade?

Assurément, oui, oui et re-oui! Le massif du Mont Blanc est à mes yeux une des plus belles destinations au Monde pour grimper en grande voie. Rien que ça. Pourquoi?

 

Escalade, granite, Mont Blanc, par quoi commencer?

Avant de partir grimper, il va sans doute falloir commencer par … faire chauffer la CB et vous équiper en matériel! Et oui : désolé mais le ticket d’entrée en €€€ est souvent conséquent. Si vous grimpez déjà en grandes voies, fort heureusement vous ne partez pas de zéro. Mais il va falloir investir « un minimum » sous peine de vous faire peur, voire pire. En effet, une des spécificités de l’escalade en granite dans le Mont Blanc est que l’équipement y est « traditionnel », à savoir : protections sur coinceurs dés que l’assurage naturel est possible, pitons/goujons/broches lorsque la pose de coinceurs n’est pas possible. Et pour ça, il faut des coinceurs, CQFD. Oui mais lesquels?

Photo Black Diamond

Photo Black Diamond

L’objectif est donc de couvrir une « plage d’ouverture » assez vaste entre tous vos coinceurs, du tout petit au tout gros, sachant qu’au delà du C4#3 on est déjà dans de la fissure très large. A noter qu’à tire personnel, j’ai toujours privilégié les Camalots de Black Diamond : fiabilité, légèreté, ergonomie… ils sont parfaits pour grimper dans le Mont Blanc. J’ai également quelques autres marques qui pendent à mon baudrier, comme Metolius (malheureusement peu distribués en France). Mais avec les Camalots, vous ne pouvez pas vous tromper, c’est une valeur sûre.  Pour les coinceurs type « stoppers », il existe de nombreux autres très bon fabricants. Alors effectivement, tout ça coute un bras lorsque l’on commence. Vous ne serez peut être pas obligé de tout acheter en une fois, si vous avez la chance de partir grimper avec quelqu’un qui lui aussi possède déjà quelques coinceurs ou alors si vous partez grimper avec un Guide qui apportera tout le matériel nécessaire. Un Guide de Haute Montagne pour l’escalade en granite dans le Mont Blanc sert aussi à ça. Cette formule peut vous permettre une approche progressive, pour vous rendre compte par vous même du matériel dans lequel il vous faudra investir.

Pour le reste, matériel classique d’escalade, sans oublier les sangles/cordelettes/dégaines à rallonge bien utiles pour des itinéraires qui louvoient plus souvent qu’ils ne montent tout droit.

Granite fauve, ciel bleu, dièdre en rocher parfait : les ingrédients d’une belle escalade dans le massif du Mont Blanc (contreforts de l’Aiguille Sans Nom)

Escalade en granite dans le Mont Blanc : où grimper?

Le massif est grand, granitique sur tous ses flancs, donc le choix est vaste, avec des typologies de voies/accès/difficultés fort différentes. Ci-dessous une tentative de classification des différents lieux de grimpe répartis dans le massif.

Coté français en périphérie du massif le principal secteur est directement au-dessus de Chamonix, dans les Aiguilles de Chamonix. Facilement accessible (1er tronçon de l’aiguille du midi puis marche à pieds), il propose des itinéraires de tous genres dont une bonne partie peuvent être grimpés « à la journée » en prenant la première benne du matin, et éventuellement en ratant la dernière benne du soir. De plus, à la faveur du retrait glaciaire, de nombreuses voies peuvent être approchées sans matériel spécifique autre qu’une bonne paire de chaussures d’approche. C’est assez confortable pour qui n’a pas trop de temps et ne souhaite pas se confronter au terrain glaciaire des approches d’altitude. La contre-partie de cette « simplicité logistique » est que les voies classiques sont souvent grimpées, donc vous n’y serez certainement pas seuls. Mais peut être que, pour commencer, ça vous rassurera.

Pilier Rouge de Blaitière à l’ouverture (et au nettoyage!) de Tsarmania II avec Michel Piola. Un long voyage vers le haut!

Toujours côté français, mais « au coeur du massif » on trouvera principalement les secteurs suivants :

Pureté des lignes et rocher parfait dans « Oublies ta vie », Envers des Aiguilles

 

Bassin d’Argentiere, cannelures de rêve et grande journée dans « Le Pirate ».

 

Contreforts des Drus, dans « Michelle Angello » : une voie délaissée et pourtant majeure. 

 

Côté italien, on trouvera principalement deux secteurs : autour du refuge Monzino pour des voies classiques sous l’imposante face sud du Mont Blanc, mais aussi dans le val ferret italien autour du refuge Dalmazzi. J’avoue ne pas y être beaucoup allé, mais pourtant le secteur Dalmazzi présente à mon avis un intérêt : celui de découvrir la grimpe en granite (si spécifique!) dans des voies équipées ou quasi toutes équipées. Ca peut permettre de faire de belles et longues voies en granite pour apprivoiser ce rocher, sans pour autant devoir être un habitué de la pose de coinceurs. Les voies y sont bien plus équipées que pour les secteurs précédents.

Côté Suisse enfin, on trouvera le secteur Orny /  Aiguilles Dorées. De belles voies faciles au dessus de la Cabane d’Orny ou de grands voyages nettement plus difficiles aux Dorées, les Suisses savent nous accueillir! Suffisamment éloigné pour ne pas traîner beaucoup de grimpeurs, avec qui plus est une cabane non gardée imposant des sacs a dos lourds, le secteur des Dorées face sud recèle certaines des plus belles voies du massif à mon sens, à l’image de ce que l’on trouve à l’aiguille de la varappe ou au Capucin des Dorées (un nom qui devrait vous rappeler un sommet mythique pour la grimpe). Et puis l’inoxydable Michel Piola est encore très actif par là haut, et nous propose encore et toujours de nouvelles pépites à grimper auxquelles j’ai eu l’honneur de contribuer. Pas si loin que ça, l’imposant Clocher du Portalet permet aussi d’incroyables envolées, souvent raides.

Fissure large en haut du Capucin des Dorées : « le sud, le soleil, les palmiers, la plage », une des plus belles voies du Mont Blanc?

Enfin, il existe toutes les voies que je qualifierais de « voies d’altitude », au coeur du massif aussi bien coté italien que français : Combe Maudite, Grand Capucin et satellites, Tacul, Aiguille du midi, Envers du Mont Blanc, Petites Jorasses, Tour des Jorasses… Parfois d’approche simple et rapide (face sud de l’Aiguille du Midi , Pointe Lachenal), parfois d’approche on ne peut plus alpine comme les voies de l’Envers du Mont Blanc (on est là d’avantage dans un combi alpi/grimpe que dans la grimpe pure) ces voies sont encore très nombreuses et de toute beauté pour un grand nombre d’entre elles, mais elles s’adressent à des grimpeurs déjà habitués à l’escalade en granite. Le facteur « altitude » vient ici en effet ajouter de la difficulté à l’escalade pure, sans même parler des problématiques d’accès/franchissement de rimaye/itinéraires qui confèrent à ces voies un caractère globalement très « alpin ».

Grand Capucin, les longueurs magistrales du début de « l’Elixir d’Astaroth » 

Escalade en granite dans le Mont Blanc : quel(s) topo(s)?

La question mérite d’être posée pour deux raisons :

En matière de voies ouvertes, et donc de topos associés, la référence absolue et incontestable dans le massif du Mont Blanc est Michel Piola. Grand grimpeur, grand alpiniste, grand ouvreur, il nous offre ses créations en tout genre dans le massif du Mont Blanc (et partout ailleurs devrais-je dire) avec un véritable « Label Piola » à la clef. Ce label est globalement synonyme de belle voie, et d’équipement pas loin d’être irréprochable. Et comme Michel Piola édite ses topos, il me semble normal et logique de rendre à César ce qui lui appartient : achetez ses topos, et l’argent sera directement réinvesti dans de belles broches inox auxquelles vous serez heureux de faire confiance pour tirer vos rappels après une longue journée. Et c’est sans parler de ses heures, ses jours, ses semaines passées « là haut » à équiper, nettoyer, et encore nettoyer. J’ai appris avec lui que si c’est voies sont belles, c’est parce qu’il y passe du temps.

4 générations de « topo Piola », et toujours la même exigence de qualité

A l’ouverture de « La croisière s’amuse » aux Aiguilles Dorées avec Maître Piola, 16 longueurs de rocher fauve… et un topo tout nouveau qui vous attend.

Il existe bien entendu d’autres topos. Je ne parle pas ici des topos « gratuits » type C2C, mais de topos papiers. Les seuls qui a mon avis vaillent qu’on s’y intéresse (pour la grimpe!) sont les topos  » Mont Blanc Granite », tome 1 et 2, de JME Editions. Si ces topos ne sont pas parfaits, je leur trouve le mérite de remettre au gout du jour certaines voies anciennes un peu tombées dans l’oubli pour lesquelles la documentation commençait à se faire rare. Par contre pour les voies récentes ou récemment rééquipées, continuez de prendre les infos à la source, à savoir dans les publications de Michel Piola : ça vous évitera par exemple d’attaquer le dièdre en 7a de L4 de « Une saison en enfer » (Vierge d’Argentière) en pensant que c’est tout spité, alors que le rééquipement de 2014 laisse la part belle aux géniaux C3 Camalots (qui n’existaient pas encore à l’ouverture). Qu’on se le dise!

Eté 2014, rééquipement avec Michel Piola de « Une saison en enfer » à la Vierge d’Argentière. L’équipement d’origine est substantiellement modifié, rendant inexact dés sa sortie le topo de JME Éditions…

En synthèse, considérez les topos de Michel Piola comme LA référence, et documentez-vous ailleurs pour compléter les secteurs / voies où les topos de M. Piola font l’impasse. Mais il en existe peu ;o)

Escalade en granite au Mont Blanc : les conseils du Guide

Voici quelques conseils que je me permets de suggérer ici, propres aux voies granite du massif du Mont Blanc, basés sur les quelques kilomètres de voies que j’ai avalés dans le massif ces dernières années.

 

Une grimpe envoutante dans cette longueur de « Smile » à Tré-la-porte : pourtant, 6a seulement. Le granite d’altitude, c’est toujours beau!

Corde à double, anticipation, gestion du tirage… Pointe des Améthystes, face sud.

Départ de voie en face sud des Petites Jorasses à la fin mai : déjà un beau trou mais un pont de neige encore bien présent. Qu’en resterait-il fin Aout?

 

Escalade en granite dans le Mont Blanc : avec un Guide de Haute Montagne?

Si c’est avec moi (ou avec Michel Piola), oui ;o)

Plus sérieusement, bien entendu il n’y a rien d’obligatoire. Tout dépend de ce que vous cherchez, de votre niveau, de votre temps… J’ai longtemps grimpé dans le massif du Mont Blanc sans Guide… Mais sachez que c’est aussi une option, et que certains Guides (dont moi) passeraient volontiers leur été à emmener des clients grimper ces belles lignes du Mont Blanc. A la journée ou à la semaine, les possibilités de voies et de séjour sont immenses, pour de la magnifique grimpe qui ne pourra pas vous laisser indifférent(e). Et vous savez quoi? S’il fait mauvais dans le Mont Blanc, on ira dans le Verdon :o))))

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